Il y a des gens qui créent pour remplir un espace. Et puis, il y a Sharanaz Subratty. Pour elle, un décor n’est jamais simplement un objet. C’est une émotion silencieuse et une mémoire à préserver. Fondatrice de Casting World, elle donne vie à des objets de décoration labellisés «Made in Moris».
Être une femme et vouloir entreprendre, ce n’est jamais simple. Cela demande de la force, oui, mais aussi une certaine douceur qu’il faut préserver malgré les doutes, les jugements, les silences lourds. Sharanaz Subratty connaît bien ce chemin. Il y a plus de dix ans, elle l’a emprunté seule, sans réseau, sans formation, mais avec cette grande envie de créer. Non pas pour briller mais pour donner forme à ce qu’elle ressentait, à ce qu’elle voyait.

C’est de là qu’est née Casting World. En 2016, presque timidement, dans un petit atelier. Pas d’ambition, juste un besoin simple ; créer des objets avec du sens. Des décors qui respectent la nature, qui racontent quelque chose, qui touchent. Très vite, ce qui ressemblait à un rêve devient une réalité. Son premier grand projet ? Un arbre géant de six mètres pour un hôtel cinq étoiles à Belle-Mare. Une œuvre monumentale, façonnée de ses mains. Ce jourlà, le client la regarde et lui dit : «Vous êtes une référence maintenant.» Cette phrase, elle ne l’oubliera jamais et c’est ce qui l’a aidé à avancer.
Depuis, tout s’est enchaîné. Mais rien ne s’est précipité. Casting World grandit doucement, avec amour et rigueur. L’atelier devient un espace vivant, une ruche d’idées, un laboratoire d’émotions. «Ici, on ne fabrique pas à la chaîne. On sculpte, on peint, on modèle. À la main. Avec patience. Avec respect. Chaque pièce est une empreinte. Chaque commande, un nouveau voyage», soutient-elle.

Sharanaz ne construit pas, elle façonne. Elle imagine, elle transforme. Elle réinvente les espaces. Dans les hôtels, les parcs à thème, dans des centres commerciaux jusque dans les bureaux. Elle a travaillé avec l’hôtel Hilton, le Paradis Hotel, le Prince Maurice et même pour le pavillon mauricien à la Dubai Expo. Et à chaque fois, elle veille à ce que ses œuvres aient une âme, une histoire à murmurer.
Aujourd’hui, elle veut transmettre
Mais derrière cette réussite, il y a des heures de doute. Parce qu’être une femme dans ce milieu, ce n’est pas évident. Il faut s’imposer sans écraser. Il faut convaincre sans crier. Il faut avancer, souvent seule, mais sans jamais perdre cette petite flamme qui dit «tu es à ta place». Aujourd’hui, elle dirige une équipe d’une dizaine de personnes. Ensemble, ils ont réalisé des merveilles, comme les rochers artificiels d’Odysseo – le plus grand océanarium de l’océan Indien. 837 m² de structures entièrement faites main !

Et ce n’est pas qu’une affaire de technique. C’est une affaire de regard, de ressenti. Sharanaz ne copie pas la nature. Elle l’écoute. Elle l’observe. Elle cherche à la comprendre. Une courbe, une ombre, une texture. Tout compte. Tout a du sens. C’est pour cela qu’on ne peut pas reproduire ce qu’elle fait. Chaque pièce est habitée - par sa passion de créer, par son amour profond pour l’art, qui l’ont naturellement conduite à en faire son métier.
Ce qu’elle veut aujourd’hui, c’est transmettre. Beaucoup de jeunes passent par son atelier, souvent sans formation. Elle les forme. Elle les encourage. Elle leur apprend à ne pas avoir peur. À créer avec leurs mains, mais surtout avec leur cœur. À rater. À recommencer. À sentir la matière, comme elle a appris à le faire elle-même, sans mode d’emploi.
Son rêve n’est pas de devenir une usine. Ce qu’elle veut, c’est garder cette magie, cette part artisanale. Continuer à rêver, à inventer, à faire du beau, mais surtout du vrai. Elle espère que, plus tard, un enfant passe devant l’une de ses œuvres et dise à voix basse : «C’est elle qui a fait ça… Moi aussi, je veux créer.»
Elle veut aussi que son parcours inspire d’autres femmes à oser, à entreprendre, à croire en leur talent. Elle rêve qu’un jour, le savoir-faire mauricien soit reconnu aux quatre coins du monde - et que son travail ait, à sa manière, contribué à préserver la richesse de la flore marine et terrestre de l’île Maurice.