Murs, façades, camions, et bien d’autres espaces deviennent toiles sous le pinceau de la jeune artiste Sapna Kissoondoyal, directrice de Sapna Gallery. Ses oeuvres transforment chaque lieu en un véritable terrain d’expression artistique. Rencontre.
Il y a des vocations qui naissent dans le silence de l’enfance, presque en secret. Pour Sapna Kissoondoyal, la peinture s’est révélée très tôt comme un langage naturel, intime et instinctif. Mais le véritable tournant, celui qui transforme une simple passion en véritable destinée, est survenu bien plus tard.
Son style se résume en trois mots : illustratif, doodles, patterns. Une triade qui lui ressemble, à la fois graphique, instinctive et pleine de vie. Ses oeuvres racontent des histoires, mais avant tout, elles répondent à un besoin fondamental : transmettre une émotion. «Je veux que mes créations rappellent qu’il existe toujours de la lumière, même dans les instants les plus complexes. Que la culture nous rassemble. Que chaque détail de la vie mérite d’être célébré», explique la directrice de Sapna Gallery.
Son univers, Sapna l’a construit à travers une constellation d’influences. Mr. Doodle, bien sûr, pour sa liberté jubilatoire et son audace graphique. Van Gogh pour sa sensibilité brûlante, sa lumière, son intensité émotionnelle. Les artistes indiens pour leurs motifs, leurs couleurs vibrantes, leur spiritualité visuelle. Les créateurs africains pour leurs textures, leurs rythmes, leur capacité à raconter l’énergie du vivant. Les Français, enfin, pour la finesse, la diversité et la maîtrise. Mais au-delà des noms, son inspiration la plus profonde reste son île Maurice. Ses couleurs, ses traditions, ses sourires, ses atmosphères. «Je suis nourrie par l’humain, les rencontres, les histoires. Mon île est partout dans mes oeuvres.»
L’inspiration, chez elle, naît d’un trio indissociable : un lieu, une émotion, une rencontre. Un coucher de soleil mauricien peut devenir une palette entière. Une rue animée : un motif. Un échange inattendu : une impulsion créative. «À partir du moment où je ressens quelque chose, l’inspiration peut surgir n’importe quand.» Avec le temps, certaines signatures se sont imposées, ses fameuses lignes noires, les couleurs vives, l’approche graphique héritée du design. Autant de marqueurs que ses admirateurs reconnaissent immédiatement. Quant à choisir entre créer pour elle-même ou pour une commande, Sapna refuse de trancher. «La création personnelle me donne la liberté. La commande me donne le défi. J’ai besoin des deux.»
Parmi ses projets les plus marquants, celui du Caudan Waterfront reste un jalon majeur. Une oeuvre installée dans l’un des lieux les plus emblématiques de Maurice, visible par des milliers de personnes chaque jour. «Ce qui m’a le plus touchée, c’est la réaction du public. Les messages, les photos, les enfants qui s’arrêtent… Là, j’ai compris l’impact réel de ce projet.» Aujourd’hui, Sapna explore un thème qui lui tient particulièrement à coeur, le sunset. Les couchers de soleil comme métaphore de transition, de calme, de magie. On voit aussi ses oeuvres sur les murs des hôtels.
Entre inspirations et rêves
Ses rêves sont multiples. Continuer de collaborer avec des artistes mauriciens, mais aussi imaginer des ponts créatifs avec des créateurs internationaux, des architectes, des designers… et même des chefs pâtissiers. La peinture, pour elle, dépasse largement l’atelier. Elle s’invite dans son quotidien, dans sa manière d’observer le monde, dans les carnets où elle griffonne des motifs, dans les couleurs qu’elle repère entre deux rendez-vous.
Si elle pouvait exposer ses oeuvres partout dans le monde ? Sapna cite naturellement plusieurs destinations qui résonnent avec son univers : l’Australie pour son dynamisme artistique, l’Italie pour son héritage esthétique, l’Inde pour la couleur et la culture, l’Afrique pour sa puissance visuelle.