Pascal Lagesse : L’art, son antidépresseur !

Écrit par Marie Gouges

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Peintre, écrivain, photographe, ancien comédien… Pascal Lagesse explore mille façons de dire le monde. Mais derrière ses oeuvres colorées se cache un homme sensible, discret, pour qui l’art est bien plus qu’une passion : c’est une manière de tenir debout, de respirer, d’exister.

Difficile de coller une étiquette sur Pascal Lagesse. Il est un peu tout à la fois : peintre, photographe, écrivain, graveur. Et si vous avez grandi dans les années 90, vous l’avez peut-être aussi vu sur scène, à Port-Louis ou à Vacoas. Loin des projecteurs, il suit aujourd’hui son propre rythme, fidèle à son univers, à ses émotions. Pas d’art pour le show-off ici : juste un besoin viscéral de créer. Comme une respiration.

«J’ai de la chance, vraiment», glisset- il. Pourtant, cette «chance», il l’a aussi façonnée à sa manière, en faisant de ses épreuves un moteur. Depuis plus de 25 ans, Pascal vit avec un trouble bipolaire.Une maladie silencieuse, qu’il évoque sans détour. Et qu’il apprivoise en peignant.«Les couleurs m’aident à tenir debout. C’est fragile, mais c’est mon équilibre.»

Les Zafers, un style bien à lui

Ses tableaux ont ce petit truc qui vous attrape. Des formes géométriques qui se répètent, des couleurs vives, une touche presque enfantine… et pourtant, derrière cette apparente légèreté, une vraie profondeur. Pascal appelle ce style les Zafer, un mot qui sonne comme un clin d’oeil créole, et qui désigne son univers personnel.

Pas question de parler d’«invention». Lui préfère dire qu’il a «développé» ce langage visuel au fil du temps, en s’inspirant de Van Gogh, de l’art aborigène, ou encore du fantasque Hundertwasser. Un joyeux mélange, très libre, très lui. Et surtout, un moyen de garder le cap dans les moments où la vie tangue.

Chaque Zafer est un peu comme un mantra coloré. Une manière d’ancrer les pieds sur terre, de calmer les pensées en boucle. «J’ai besoin de créer un monde dans lequel je me sens bien», confie-t-il. Et ce monde, il nous le partage généreusement, avec une belle dose d’humour et d’autodérision. Son roman, John Berik – Detektiv pu ti dimoun, est à cette image : drôle, tendre, profondément ancré dans la culture mauricienne.

Le 25 avril, Pascal présentera sa nouvelle exposition au Hennessy Park Hotel. Une vingtaine d’oeuvres inédites, pensées comme une immersion dans son univers. On y croisera des paysages de Maurice et de Rodrigues, des clins d’oeil à l’enfance, mais aussi des sujets plus graves. La dernière forêt, par exemple, aborde la déforestation et la peur d’un futur trop bétonné. Mais même là, la beauté reste centrale.

Pascal ne peint pas pour alarmer,mais pour apaiser. Pour montrer que,même dans le chaos, il reste un peu de lumière à attraper. «Une petite fille m’a dit un jour : «J’aimerais habiter dans tes tableaux.» C’est le plus beau compliment qu’on m’ait fait.» Ce que Pascal nous offre, c’est une parenthèse. Un espace doux, imparfait, humain. Un rappel que l’art, parfois, c’est juste une manière de dire : «Je suis là. Et je veux partager un peu de bonheur.»